VI - Talent reconnu  > Les Tuileries et l'Automne

En mai, au salon des Tuileries (1), où les participants, au contraire des Indépendants, étaient étroitement sélectionnés, Conrad envoya un nu, peint en camaïeu (2), deux natures mortes, une marine et deux paysages. L’un de ces derniers "l’Entrée du manoir de Trovern" (3), exploitait les études faites en septembre 1923 chez Hodebert. Il fut loué, à l’égal du nu par nombre de critiques (4). Une des natures mortes suscita un commentaire de prix : "un morceau de virtuose" jugea Thiébault-Sisson (5). Si Chavance adoucit ses réserves passées sur Kickert, constatant que "sa rude manière s’assouplit" (6) et qu’il "se dégage de ses lourdeurs passées" (7), Vauxcelles cessa de biaiser et fit connaître son sentiment sur... "l’Après-Midi d’un peintre" : "Conrad a eu raison de revenir au paysage et à la nature morte où son métier sérieux se donne mieux carrière qu’en ses récentes et regrettables compositions à figures" (8).

Troisième et dernière comparution de l’année devant le grand public, au salon d'Automne (9). Si l’on en juge par le nombre de critiques ayant remarqué son envoi – une dizaine – l’intérêt pour son travail avait faibli. Etait-ce l’austérité du sujet, le portrait du peintre et celui de sa femme en demi buste, se répondant dans un cadre double (10) ? La taille modeste de ces effigies ? Leur facture au couteau, rude et pouvant paraître sommaire à certains ? Ce dernier aspect suscita pourtant deux commentaires favorables. Edouard Sarradin cite : "le double portrait où M. Conrad Kickert fait valoir, lui aussi, une rare vertu de technicien" (11) et Pierre Ladoué (12) apprécie la "peinture aux tons chauds, d’un beau métier". G. Kahn signale ces portraits qu’il qualifie de "très accusés" (13) puis "d’accentués" (14), tout comme Tabarant qui juge le travail "plein de fermeté" (15). René-Jean se contente de les citer (16) comme font aussi le New York Herald (17) et Soubeyre (18). Il y eut pourtant une appréciation plus développée, hélas sévère, due à Raynal : "M. Konrad (sic) Kickert ne goûte pas assez sa cuisine : il faut savoir doser les quatre épices" (19).

Le public avait aussi pu découvrir en juin dans la revue les Chroniques du jour (20) la reproduction d’œuvres d’un genre plus rare chez Conrad : quatre dessins en noir et blanc (trois nus et un paysage) où la précision s’allie à la fougue d’un premier jet.

(1) : Vernissage le 16 mai au Palais de bois.
(2) : "Nu au coussin vert" 1923 (60 x 73 cm) Opus A.23-24. Le modèle est Gée, de dos, la taille déjà alourdie par sa grossesse.
(3) : "L'Entrée du manoir de Trovern" 1923 (60 x 73 cm) Opus A.23-38.
(4) : Tels que Rémon (Radical), Martin (Paris-Soir) Escholier (la Dépêche de Toulouse), Charensol (le Soir), Barbelien (l'Homme libre), X in Algemeen Handelsblad du 19 mai, Tabarant sous le pseudonyme de l'Imagier (l'œuvre), tandis que se contentèrent de marquer leur estime par une simple citation : Warnod (l'Avenir), Fegdal (Revue des beaux-arts), René-Jean (Comœdia), Vanderpyl (le Petit Parisien).
(5) : In le Temps du 17 mai 1925. La toile concernée est l'une des deux suivantes :
    "Nature morte aux asperges et à la casserole rouge" 1925 (65 x 92 cm) Opus A.25-25, ou
    "Hortensias" 1925 (73 x 60 cm) Opus A.25-26.
(6) : In Beaux-Arts du 15 juin 1925.
(7) : In la Liberté du 16 mai 1925.
(8) : In l'Excelsior du 16 mai 1925.
(9) : Dans les locaux provisoires de la terrasse des Tuileries, du 25 septembre à fin octobre 1925.
(10) : "Diptyque" 1925 (deux fois 55 x 46 cm) Opus 25-03.
(11) : In le Journal des débats du 2 octobre 1925.
(12) : In l'Art et les artistes n° 60, octobre 1925, page 32.
(13) : In le Quotidien du 26 septembre 1925.
(14) : In le Mercure de France du 15 octobre 1925.
(15) : Sous le pseudonyme de l'Imagier, in l'œuvre du 25 septembre 1925.
(16) : In le Petit Provençal du 25 septembre et in Comœdia du 27 septembre 1925.
(17) :Du 25 septembre 1925.
(18) : In la Nouvelle Revue du 1er novembre 1925.
(19) : L'Intransigeant du 30 septembre 1925.
(20) : Editeur : Gualtieri di san Lazzaro, Paris, 17 rue des Martyrs, pages 54, 56, 63,65.

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