VI - Talent reconnu  > Recherches et renouvellement

Au long de cette année 1928, l’activité de Conrad ne se relâcha pas et s’étendit à des sujets variés : un autoportrait, deux nus, une demi-douzaine de natures mortes, une vingtaine de paysages, sans compter les aquarelles de Deauville ni ses nombreux dessins. Huit de ces œuvres, dont trois de petites dimensions, furent vendues à des amateurs déjà proches de Kickert, un même nombre allèrent à un parent (1) ou à des relations soit comme dons, soit à des prix d’amis ; enfin deux œuvres confiées à la galerie Marck trouvèrent vraisemblablement preneur, mais plus tard. Un bilan décevant qui montre la fidèle sympathie dont il était entouré de longue date et rarement la conquête d’amateurs nouveaux.

Le travail de Conrad présentait pourtant un renouvellement. Il recherche dans ses nus des matières transparentes, en préférant à l’emploi de blanc, des glacis superposés (2). Les natures mortes présentent des coloris plus vifs, plus contrastés (3). Quant aux paysages, ils offrent un large choix : expressifs et drus dans le Morvan (4), légers et changeants dans les aquarelles de Deauville, avec un traitement bien personnel des montagnes de Haute-Savoie et de leurs chalets sous la neige, un sujet nouveau pour lui et déjà si bien traité par un illustre devancier. Kickert avait fait des séjours nombreux, cette année-là dans des endroits encore inconnus de lui.

Dans le Morvan, il fut l’invité de son ami et collègue Jacques Thévenet, chez qui il passa la fin de mai et la première partie de juin, peignant avec assiduité aux alentours ou dans l’atelier de Thévenet. Ils en profitèrent, un après-midi, pour brosser chacun un portrait de l’autre au travail. Les Thévenet furent remerciés de leur hospitalité par un tableau et une dizaine de dessins réunis en album.

Au début de juillet, les Kickert, ayant pu sous-louer leur atelier de la rue Boissonade, partirent pour deux mois, Conrad à Deauville, Gée aux Pays-Bas. Mais il ne s’agissait pas de vacances. Comme Conrad l’indiqua en août dans une lettre à Bronner : "Nous avons pu sous-louer et avec le peu qui nous restait (en ne remboursant qu’un minimum de dettes) nous avons pu nous enfuir dans deux directions, loin de Paris et des créanciers". Gée emmenant la petite Anne, se rendit chez sa jeune sœur Zus pour aider à soigner cette jeune femme et jeune maman, affectée d’une terrible maladie des reins. Ce séjour fut donc pénible moralement, d’autant plus que Zus n’était pas une malade facile, et aussi physiquement car les soins infirmiers additionnés aux tâches ménagères et aux soins dus au bébé, finirent par surmener Gée. Quand Zus fut assistée par d’autres membres de la famille, Gée fut reçue chez Max de Vries, un parent de l’excellent Fred Klein, puis chez les Niehaus et enfin chez les Bronner en attendant que la rue Boissonade soit libérée de ses occupants.

(1) : Johan Kickert, le demi-frère de CK, qui fit une carrière de magistrat, d’abord aux Indes néerlandaises, puis aux Pays-Bas au sein de l’équivalent de notre Cour de cassation.
(2) : D’après un commentaire manuscrit de CK, numéroté XIV, accompagnant une photographie en noir et blanc de "L’Odalisque" 1928 (73 x 92 cm) Opus 28-09.
(3) : Comme dans la nature morte de "Jouets" 1928 (81 x 65 cm) Opus A.28-20, qui fut acquise et emportée aux Pays-Bas par un Néerlandais enthousiaste et persuasif, car CK avait fait ce tableau pour Titanne dont il avait représenté les jouets en un joyeux groupement. Il dut donc refaire sans désemparer une autre version pour sa fille (65 x 54 cm) Opus 28-07.
(4) : Peints à Montquin, près de Dommartin, 58120 Château-Chinon, chez les Thévenet.

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