VI - Talent reconnu  > Faillite de Katia Granoff

Entre temps, le salon des Tuileries ouvert le 6 mai avait présenté trois œuvres de Kickert : une nature morte de "poissons et gibier" (1), "la Vallée de Saint-Jean" (2) et une "Cabane sous la neige" (3) , les deux dernières étant des vues de Haute Savoie (4). "la Cabane" avait été peinte sur place en décembre dans un petit format de 46 x 55 cm et offerte à Gée. Il en peignit une réplique dans des dimensions plus grandes, plus flatteuses pour une exposition et c’est cette version qui a été présentée aux Tuileries ; elle y fut achetée par M. Pierre Leloup qui témoignait à Kickert une admiration croissante depuis qu’il avait découvert le peintre, alors qu’il n’avait pu rencontrer que le dessinateur et l’aquarelliste à Deauville, l’été précédent.

Aux Pays-Bas aussi, une œuvre de Kickert a été exposée au même moment, dans une compagnie relevée, puisqu’à côté de contemporains flamands (Ensor et Degouve de Nuncques) ou français (Marie Laurencin et Le Fauconnier), le marchand, critique et éditeur d’art, J.H. de Bois, présentait des œuvres de grands anciens comme Toulouse-Lautrec et Odilon Redon dans sa galerie (5).

Dès son retour de Saint-Tropez, Kickert voulut montrer le travail qu’il y avait fait. Il pensa à la galerie Charles-Marck. Celle-ci s’était récemment installée au 33 rue Bonaparte et Kickert songeait à entamer avec elle des relations privilégiées en compagnie de quelques collègues et amis intimes qui constitueraient le groupe de base – et peut-être même exclusif – de la galerie. Conrad envisageait cette collaboration comme des relations de confiance et de sympathie, très éloignées de celles qui ont cours dans le commerce de l’art et même entre collègues. Dans cet esprit, il pouvait difficilement demander un passe-droit au détriment de ses camarades et en contradiction avec les projets d’expositions déjà mûris par la galerie. Le compromis qu’il élabora, ou auquel il se rallia, lui permettait d’exposer ses toiles sans délai, mais pour une période très courte : les Vendredi 14 et Samedi 15 et le matin du Dimanche 16 juin. Informant le public de ces dates, la revue Comœdia du 13 juin, titra : "Une exposition éclair" et d’emblée s’étonna "voici une nouvelle forme d’exposition". Nouvelle, certes, donc insolite et peut-être désinvolte, ce que la revue ne disait ni n’insinuait, mais que beaucoup durent qualifier ainsi et où quelques-uns purent voir de la suffisance. Il ne subsiste pas de traces du résultat. Conrad montra de nouveau ses œuvres du Midi à la même galerie, à la fin de 1931, mais durant quinze jours, procédure plus classique.

Le 14 juin, hasard des événements, eut lieu la quatrième vente après faillite du stock de la galerie Granoff. Deux toiles de Kickert y étaient offertes et trouvèrent preneur, "Un arbre au dessus de l’Yvette" (6) à trois cent dix francs, et la "Nature morte au pot d’étain" (7) à quatre cents francs. Résultats lamentables, mais peu surprenants et presque prévisibles dans ces circonstances.

(1) : "Fish and game" 1929 (115 x 105 cm) Opus A.29-13, Rockford art museum (USA). Cf. supra p. 257, note 3.
(2) : "La Vallée de Saint-Jean" 1928 (65 x 81 cm) Opus A.28-36.
(3) : "La Cabane sous la neige" 1928 (65 x 81 cm) Opus A.28-37.
(4) : D’après les mentions manuscrites de CK au dos de photos de Marc Vaux, confirmées dans son "carnet noir".
(5) : D’après J.F. Heijbroek et E.L. Wouthuysen in "Kunst kennis en commercie", un ouvrage consacré à J.H. de Bois, édité en 1993 par Uitgeverij Contact, Amsterdam, Anvers.
(6) : "Un arbre au-dessus de l’Yvette" 1924 (73 x 54 cm) Opus A.24-25.
(7) : Peut-être l'Opus A.22-30.

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